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Sébastien Degorce, l'édition chevillée au corps

Mis à jour : il y a un jour

[L'Écho du Berry, du 18 au 24 juin 2020.]


Ce Berrichon de 41 ans, né à Issoudun, a créé les Éditions Degorce il y a quatre ans, alors qu'il vivait en Alsace. Depuis l'année dernière, il est de retour dans le Berry qu'il affectionne tant.


Passionné, S'il ne fallait choisir qu'un seul adjectif pour définir Sébastien Degorce, ce pourrait bien être celui-là. Passionné par son métier d'éditeur, passionné par le sud du Berry, passionné de fantasy, passionné de guitare, passionné de la vie, tout simplement. Et comme chez tout bon passionné, la parole se fait volubile et l'œil se met à briller dès qu'il aborde l'un de ses sujets de prédilection. Et ceux-ci sont nombreux.



De l'autofiction à la fantasy


Né en 1979 à Issoudun, dans l'Indre, Sébastien, qui a passé son enfance Neuvy-Pailloux, découvre la vie active alors qu'il va avoir 15 ans à travers un apprentissage dans les cuisines d'un célèbre restaurant de sa ville natale. Une expérience qu'il a très mal vécue. « Je devais y passer deux ans mais je n'y suis resté qu'une année, raconte-t-il. Ensuite, j'ai été six mois à Chabris, mais la cuisine, ce n'était pas pour moi. » Quelques années plus tard, il en tire un roman – Treize mois –, une auto-fiction publiée en 2014 dans laquelle il narre cette expérience difficile tout en dépeignant entre argot, manouche, arabe et verlan des années 90 la vie d'un gamin de 15 ans. Retour aux études avec un BEP puis un bac pro de vente à l'école privée Saint-Cyr d'Issoudun, où il rencontre sa future femme, Caroline, une Anglaise. Après le bac, Sébastien devient agent de sécurité, d'abord à Issoudun puis à Bourges, où il vit au début des années 2000.


C'est durant cette période que, la nuit, il commence à écrire Les Portes noires, qu'il publiera en 2014 après maintes réécritures, passant des 900 pages originelles aux 350 finales. « C'est de la dark fantasy, précise-t-il. Une fresque qui s'étale sur plusieurs siècles avec une profusion de personnages, un mélange du Seigneur des anneaux, de Game of Thrones et de Stephen King. C'est un roman noir très exigeant, avec une écriture très touffue. Quand j'écris ou j'édite, je n'aime pas préjuger de l'intelligence des gens. Jai l'impression que la base à notre époque, c'est de se dire que les gens sont un peu "concons" et qu'on va faire simple. Je n'ai pas envie de rentrer là-dedans. Pour les lieux, je me suis inspiré du pays de Lignières. » Il faut dire que, du côté maternel, la famille de Sébastien est présente à Saint-Hilaire-en-Lignières depuis au moins le XVIe siècle. « J'adore le sud du Berry et particulièrement le pays de Saint-Hilaire, reprend-il. Je m'en inspire dans quasiment tout ce que j'écris. Les lieux ont gardé un côté sombre, auguste, puissant. Quand tu te promènes dans les chemins à la tombée de la nuit, il y a un esprit des lieux. »




De Paris à l'Angleterre, de l'Alsace au Berry


En 2007, Sébastien Degorce part pour Paris. « Au début, je voulais corriger les livres, souligne-t-il. Je voulais savoir comment l'édition fonctionnait. Le secret, quand on est auteur et que l'on veut être publié, c'est de s'intéresser à ce que font les éditeurs. J'ai réussi le concours Formacorm, qui était à l'époque le seul institut à délivrer le diplôme d'État de lecteur-correcteur, mais je n'ai pas eu les financements. J'ai beaucoup bossé dans la sécurité et la restauration pour obtenir des droits à la formation. J'ai suivi une formation qualifiante de secrétaire d'édition éditeur. »


Après un stage à L'Atalante, à Nantes – qui ravit ce fan de Michael Moorcock et de Terry Pratchett qu'édite cette « très grosse boîte spécialisée dans la science-fiction et la fantasy » et quelques stages à Paris, Sébastien se lance comme secrétaire d'édition freelance en 2010. Il travaille pour différents éditeurs, corrigeant et mettant en page des livres aussi bien économiques que fantastiques, et sera même un temps salarié à l'Afnor (Association française de normalisation) « où a aussi travaillé Boris Vian », s'amuse-t-il. Lassés des transports quotidiens et de la vie parisienne, Sébastien et Caroline traversent la Manche en 2012 pour rejoindre le Yorkshire, où vit une partie de la belle-famille. « Nous habitions à Hebden Bridge, qui fait une taille comparable à La Châtre, précise-t-il. C'est un bastion post-hippie avec une grosse communauté lesbienne. Il y avait douze pubs, une salle de concert où j'ai par exemple pu voir Patti Smith. C'était la fête tout le temps, heureusement que j'avais passé l'âge des drogues ! » Tout en continuant à travailler pour des éditeurs français, Sébastien – qui avait créé l'association Plus de bruit à Issoudun et le groupe grunge Nausicaa – joue de la guitare dans les pubs de la ville, cette fois plus dans la veine blues ou ambient.


« Je n'avais pas envie de faire la fête toute ma vie, alors nous sommes rentrés en France en 2014 et nous nous sommes installés en Alsace, car mes beaux-parents étaient là-bas, explique Sébastien. J'ai créé les Éditions Degorce le 8 décembre 2016. Le premier livre que j'ai publié en tant qu'éditeur est l'Histoire de l'abbaye de Munster. J'ai rencontré Gérard Leser, le plus grand conteur alsacien, président de la Société d'histoire de Munster, qui avait des rééditions à faire. Nous avons lancé les éditions ensemble. » En quatre ans, près de trente livres sont publiés. « C'est pas mal pour un petit éditeur, pointe Sébastien. Ma femme, qui est traductrice professionnelle, m'a beaucoup encouragé et toujours épaulé. J'ai investi 16 000 € de mes deniers personnels, sans prêt. Je suis indépendant aussi pour la ligne éditoriale. Je fais la mise en pages, la préparation de copie, la correction, la couverture, la 4e de couverture. » Et dès qu'on le lance sur le sujet de la fabrication du livre, Sébastien devient intarissable. « La plupart de mes bouquins sont au format royal anglais, précise-t-il. La mise en pages respecte le canon des ateliers qui aboutit à une division harmonieuse de la page avec les blancs tournants. La police est basée sur le travail du graveur de caractères Nicolas Jenson, l'un des premiers élèves français de Gutenberg. J'essaye de tout faire selon les règles, je suis un peu toqué sur la mise en pages ! »


On retrouve ce souci de la belle ouvrage dans la nouvelle édition revue et augmentée – préfacée et annotée par Pascal Pauvrehomme – du Vocabulaire du Berry, un ouvrage écrit au XIXe siècle par Hippolyte François Jaubert, qu'ont publiée les Éditions Degorce à l'été 2019. « Un livre au format in-8° cavalier, un format français tel que sous l'Ancien Régime », glisse Sébastien. Ce titre inaugurait la Bibliothèque berruyère, la nouvelle collection dédiée au Berry.


Car depuis son retour dans la région – dans le pays de Vatan – en mars 2019, Sébastien Degorce entend bien développer cette collection. « A priori, le prochain livre de la Bibliothèque berruyère sera une histoire du Berry, du néolithique jusqu'à nos jours, à travers des balades dans les villages qui permettront de découvrir de petits endroits », annonce-t-il.


Et si les projets ne manquent pas, Sébastien continue toutefois de corriger des livres pour d'autres éditeurs. « Je ne vis pas de ma boîte », précise ce passionné qui, pour se ressourcer, se réfugie dans un petit terrain longeant une petite rivière. À Saint-Hilaire-en-Lignières, évidemment.


Jean-Charles Lardeau




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